En France, la loi est claire : il est interdit pour les moins de 13 ans d’avoir un compte sur un réseau social. Mais cette loi est imparfaite : pour les jeunes de 13 à 15 ans, le consentement d’un parent est obligatoire. Un seul. On peut déjà imaginer les conflits entre les parents, en couple ou pas, quand l’un accepte et que l’autre y est opposé. Poursuivons. Cette règle pourtant est largement contournée : selon différentes études, une grande majorité des collégiens sont déjà présents sur Snapchat, Instagram, TikTok ou YouTube bien avant leurs 15 ans.

 

La commission d’enquête parlementaire relative aux effets psychologiques de TikTok sur les mineurs a remis ses conclusions le  jeudi 11 septembre, et formulé 43 recommandations[1]. Et ses conclusions sont assez alarmantes ! En résumé, l’algorithme de Titok favorise les contenus les plus radicaux, les plus extrêmes et la modération semble inexistante.

De nombreux articles ont relayé depuis certains contenus de l’enquête. Nous avons donc éprouvé le besoin d’évoquer le sujet des ados et des réseaux sociaux, puisque les réseaux sociaux, c’est aussi notre champ d’analyse et de conseil. Première question : où les jeunes générations (génération dit « Z » et « Alphas » en particulier) passent-ils leur temps, en ligne ?

Le classement des sites les plus visités en France[2] montre la place prépondérante des réseaux sociaux[3] : Facebook arrive en tête en France (70,4% des internautes), devant WhatsApp (66,6 %), Instagram (60,7 %), Messenger (53,9 %), Snapchat (42,3 %) et TikTok (41 %). Instagram, TikTok (où les jeunes passent le plus de temps en moyenne) et Snapchat attirent une grande partie des adolescents. Ces plateformes sont devenues leur lieu de socialisation, de divertissement, mais aussi… de vulnérabilité.

Les vidéos courtes plébiscitées avant tout

 

Quels contenus séduisent les jeunes ? Les vidéos courtes, humoristiques ou musicales, les challenges viraux et tendances, le gaming et l’esport (sport électronique) et enfin les contenus créés par leurs pairs ou par des influenceurs. On notera que si les marques investissent massivement TikTok[4], Instagram ou Snapchat, leurs comptes officiels restent loin derrière les influenceurs en termes de popularité. Les jeunes se montrent assez détachés à l’égard des marques, moins des tendances toutefois[5].

Les jeunes préfèrent suivre des créateurs qu’ils estiment proches d’eux — parfois rémunérés par des marques, sans toujours l’indiquer clairement. Néanmoins, en 2023, près de quatre jeunes sur dix (36%) répondaient que les réseaux sociaux étaient une « source d’inspiration », qu’ils leur donnent « des idées ». 16% déclaraient qu’ils sont source de « rêve » et 15% qu’ils suscitent chez eux de « l’admiration »[6].

Enfin, comme on pouvait s’en douter, les réseaux sociaux suscitent nettement plus de sentiments négatifs chez les jeunes qui se déclarent mal dans leur peau. Inutile de développer…

« Avant 15 ans, les jeunes n’ont pas encore acquis pleinement

la capacité pour distinguer le vrai du faux… »

La question qui nous vient maintenant à l’esprit est la suivante : les ados sont-ils assez mûrs pour prendre de la hauteur, décrypter et comprendre ce qui « se joue » sur leur mobile ? De nombreuses études[7] convergent : avant 15 ans, les jeunes n’ont pas encore acquis pleinement la capacité critique pour distinguer le vrai du faux, la publicité déguisée du contenu spontané, ou la manipulation de l’information. Or, en France, en 2024, 63 % des jeunes de 7 à 10 ans interrogés déclaraient utiliser au moins un réseau social[8].  Ainsi, chez les ados et les plus jeunes, leur esprit reste influençable, d’autant plus dans un univers où les pairs, les algorithmes et les “likes” pèsent lourdement sur leur jugement.

Alors, que faire ? Devons-nous rester de simples témoins impuissants face à ces nouveaux modes d’information, de communication ou de “divertissement” des jeunes ? Car au-delà des contenus violents et extrêmement négatifs, il est un problème encore plus préoccupant pour notre société et nos démocraties, celui de la manipulation et/ou de la désinformation. Si les jeunes ne développent pas un véritable esprit critique face aux contenus en ligne, une fois adulte ils seront des proies faciles pour les discours extrêmes, simplistes ou complotistes, et risquent de nourrir eux-mêmes la spirale de la désinformation ; en d’autres termes, ils seront des citoyens fragilisés, à la fois moins libres dans leurs choix et moins lucides face aux enjeux collectifs.

Photo de Kayla Velasquez sur Unsplash

 

La désinformation et ou la manipulation :

un brouillard qui brouille nos repères

 

La désinformation se diffuse plus vite que jamais. Elle touche tous les domaines – de la politique à la santé, en passant par la transition écologique, des sujets sur lesquels nous nous penchons avec nos clients  – et prend des formes multiples, parfois difficiles à détecter.

Certaines intox reposent sur des fake news pures, totalement inventées : faux communiqués, statistiques fictives, rumeurs sans fondement. D’autres exploitent la puissance des images : photos sorties de leur contexte, montages truqués, ou encore deepfakes, capables d’imiter la voix et le visage d’une personnalité publique pour lui prêter des propos inexistants.

Parfois, le vrai devient instrument de doute ! La désinformation peut naître d’une déformation du réel : une donnée scientifique exacte est sortie de son contexte, simplifiée ou exagérée pour servir un récit. Dans le champ de la transition écologique, ce procédé est fréquent : on alimente ainsi le scepticisme ou le déni en s’appuyant… sur un fragment de vérité.

Et que dire des faux experts et amplificateurs artificiels ? Sur les plateformes sociales, de nombreux profils se présentent comme experts sans l’être réellement. À cela s’ajoutent les “bots” : comptes automatisés capables de relayer massivement des messages pour donner l’illusion d’un consensus ou d’une popularité.

Enfin, il est un autre phénomène qui a pris de l’ampleur : le piège du sensationnalisme ! Prenant la forme d’une alerte par exemple, le sensationnalisme joue son rôle : titres exagérés, chiffres spectaculaires, raccourcis faciles. Le problème ? Ils façonnent des perceptions biaisées, entretiennent la peur ou l’enthousiasme artificiel, et obscurcissent les débats (en ligne mais aussi sur les chaînes d’information en continu).

Crédit photo : Simon de Pixabay

 

Réagir face à la désinformation ? Un défi démocratique

Il y a ici un enjeu majeur de santé mentale et de cohésion sociale : l’exposition précoce aux réseaux sociaux peut renforcer anxiété, dépendance, perte d’estime de soi, mais aussi exposition à la désinformation ou aux discours de haine.

La proposition de loi portée par Laure Muller et Arthur Delaporte vise notamment à renforcer la régulation de l’accès des mineurs aux réseaux sociaux. Mais il faudra sans doute aller plus loin. Et la réponse devra être collective : renforcer l’éducation dès l’école primaire afin de développer l’esprit critique, apprendre à distinguer fait, opinion et manipulation. Il faudrait sans aucun doute obliger les plateformes à plus de transparence, de modération et instaurer des sanctions claires pour les manquements à certaines règles. En somme, nous avons besoin d’un cadre législatif clair.

NB : Il ne faut pas stigmatiser les adolescents… Une étude[9] a révélé que, lors de la campagne présidentielle de 2016 aux États-Unis, les plus de 65 ans partageaient en moyenne 7 fois plus de fake news sur Facebook que les 18-29 ans ! Et en France ? Nous n’avons pas trouvé d’étude sur les seniors à ce sujet au moment où nous publions cet article. N’hésitez pas à revenir vers moi si tel était le cas.

Nous tenterons d’évoquer, ultérieurement, dans un autre post, comment les marques ont une responsabilité particulière, et comment les organisations privées ou publiques qui exercent des missions d’intérêt général, ou les entreprises à mission, qui ont la légitimité du fond, peuvent aussi avoir la puissance de la forme.


[1] https://www.lemonde.fr/pixels/article/2025/09/11/commission-d-enquete-tiktok-le-rapport-etrille-une-plateforme-hors-de-controle-a-l-assaut-de-la-jeunesse-et-formule-43-recommandations_6640383_4408996.html /

https://lcp.fr/actualites/commission-d-enquete-tiktok-le-rapport-preconise-l-interdiction-des-reseaux-sociaux-aux

[2] https://wearesocial.com/fr/blog/2025/02/digital-report-france-2025-%F0%9F%87%AB%F0%9F%87%B7/

[3] https://www.blogdumoderateur.com/internet-reseaux-sociaux-france-chiffres-2025/

[4] https://www.blogdumoderateur.com/20-marques-plus-performantes-tiktok-youtube-2025/

[5] https://www.jean-jaures.org/publication/les-jeunes-et-leur-apparence-a-lheure-des-reseaux-sociaux-une-obsession/

[6] https://www.jean-jaures.org/publication/les-jeunes-et-leur-apparence-a-lheure-des-reseaux-sociaux-une-obsession/

En 2023, les jeunes femmes étaient plus nombreuses que les jeunes hommes à déclarer ressentir des sentiments positifs (61% contre 47%) mais elles étaient surtout plus nombreuses à ressentir des sentiments négatifs (38% contre 18% seulement pour les jeunes hommes, soit 20 points de plus). Et très concrètement, c’est plus d’un quart des jeunes femmes qui déclaraient que les réseaux sociaux faisaient naître chez elles des complexes, voire un sentiment d’infériorité (27% contre 8% « seulement » des jeunes hommes).

[7] (https://lejournal.cnrs.fr/articles/fake-news-oui-les-adolescents-peuvent-se-defendre mais aussi UNICEF, Ofcom)

[8] https://lejournal.cnrs.fr/articles/fake-news-oui-les-adolescents-peuvent-se-defendre

[9] https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.aau4586