Alors que nous venons de vivre un épisode caniculaire – un de plus – et que la transition écologique s’impose comme un défi majeur à tous les niveaux de la société, nos pratiques numériques restent souvent dans l’angle mort des engagements. En 2024, le numérique représentait environ 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit davantage que l’aviation civile. Pourtant, repenser la manière dont nous concevons nos sites Internet et optimisons leur visibilité en ligne est une démarche à la fois réaliste, stratégique, accessible et nécessaire pour diminuer nos émissions carbones.

 

L’empreinte invisible du numérique

 

On parle souvent de numérique comme d’un secteur « dématérialisé », presque immatériel. Pourtant, les services digitaux reposent sur des infrastructures physiques très concrètes : data centers, câbles sous-marins, serveurs, terminaux. Leur fonctionnement implique une consommation énergétique importante, à laquelle s’ajoute l’impact de la fabrication des équipements.

En 2024, le numérique représentait environ 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit davantage que l’aviation civile. Et cette part pourrait doubler d’ici 2030 si aucune mesure n’est prise pour ralentir la croissance exponentielle des usages.

Dans ce contexte, les sites web — pourtant au cœur de la stratégie des entreprises et institutions — sont rarement remis en question. Ils sont conçus pour être attractifs, visibles, dynamiques, mais rarement pour être légers, éco-conçus ou raisonnés dans leur structure.

Une précision utile : ici, je parle du numérique… hors IA. Dans cet article, je choisis volontairement de ne pas aborder l’intelligence artificielle, bien qu’elle fasse partie intégrante des sujets numériques. L’IA – notamment générative – représente un autre ordre de grandeur en termes de consommation énergétique et d’impact carbone, en raison de la puissance de calcul et des ressources nécessaires à son fonctionnement. Un usage massif et non maîtrisé pourrait aggraver considérablement l’empreinte environnementale du numérique. C’est un sujet à part entière, que j’aborderai dans un prochain article, avec le recul nécessaire pour explorer ses usages… et ses limites, notamment dans le cadre d’une démarche de sobriété et de transition écologique.

 

Ce que pèsent (vraiment) nos sites web

 

Mais revenons avant tout à la conception de nos sites Internet. Et prenons un exemple simple : une page web classique pèse aujourd’hui en moyenne plus de 2 Mo. Cette taille a été multipliée par 4 en 10 ans. Résultat : plus d’énergie consommée pour charger les contenus, plus de bande passante mobilisée… et un impact carbone bien réel, chaque fois qu’un internaute visite une page.

Et c’est sans compter les éléments externes intégrés (trackers, widgets sociaux, scripts, polices, vidéos, etc.) qui alourdissent encore les pages et sollicitent des serveurs souvent éloignés, peu vertueux sur le plan énergétique.

Photo de Kayla Velasquez sur Unsplash

 

Référencement naturel (SEO) et sobriété :

des objectifs compatibles

 

On pourrait penser qu’un site léger, simplifié, risque de compromettre sa visibilité dans les moteurs de recherche. Mais en fait, c’est tout l’inverse. Google, comme d’autres moteurs, privilégie aujourd’hui des sites qui se chargent vite (meilleure expérience utilisateur), dont le contenu est clair, structuré, accessible, et qui évitent les pratiques techniques douteuses (sur-optimisation, contenus dupliqués, etc.). Autrement dit, un SEO sobre et bien pensé est non seulement compatible avec un site bas carbone, mais il peut en renforcer l’efficacité.

Quelles pistes concrètes pour

un site et un SEO plus responsables ?

L’éco-conception web n’est pas une révolution technique. Elle repose sur une série de choix raisonnés, souvent relativement simples à mettre en œuvre. En voici quelques-uns : Limiter le poids des pages – images compressées, formats adaptés – alléger les scripts et polices, réduire les animations et les effets lourds, structurer les contenus intelligemment – en s’appuyant sur des balises sémantiques, des titres hiérarchisés – faire des audits réguliers pour évaluer et ajuster l’impact environnemental du site, enfin, choisir un hébergeur plus vert que les autres.

Choisir un hébergeur web engagé :

un levier à ne pas négliger

Un site Internet, aussi sobre soit-il dans sa conception, ne pourra jamais être totalement cohérent sur le plan environnemental si son hébergement repose sur une infrastructure énergivore ou peu transparente. Or, il existe aujourd’hui des hébergeurs web éco-responsables, notamment en France, qui proposent des solutions à faible impact environnemental : énergie (presque) 100 % renouvelable, datacenters optimisés, refroidissement passif, serveurs reconditionnés, etc. Parmi eux, on peut citer o2switch, Digital Forest, DRI, Neutral IT ou encore Scaleway, qui se distinguent par des engagements concrets en faveur d’un numérique plus sobre. Des acteurs comme Infomaniak, bien que basés en Suisse, sont également très présents sur le marché français et exemplaires en matière de politique énergétique et de transparence. Nous travaillons avec certains d’entre eux.

Mais au-delà du choix d’un hébergeur, il est possible d’évaluer concrètement l’impact environnemental de son site grâce à des outils en ligne gratuits comme EcoIndex ou Website Carbon Calculator. Ces plateformes attribuent un score à votre site en fonction de plusieurs critères : complexité du code, poids des pages, requêtes serveur, énergie utilisée, etc. Elles permettent d’identifier rapidement les points d’amélioration, dans une logique de progrès et de responsabilisation, sans culpabilisation. Nous utilisons aussi ces outils.

Crédit photo : XX de pexels

Vers une nouvelle culture numérique ?

 

Il ne s’agit pas de tout revoir, ni de faire culpabiliser celles et ceux qui ont déjà beaucoup à gérer. Mais de poser les bonnes questions, d’ouvrir des perspectives, et de rendre visible ce qui ne l’est pas encore assez.

Pour être tout à fait transparents, nous reprenons souvent des sites web déjà en difficulté – hackés, très lents ou présentant de nombreux bugs – sur lesquels nous n’avons eu aucune maîtrise initiale, ni sur le choix de l’hébergeur, ni sur les fondations techniques.

Nous corrigeons autant que possible les dysfonctionnements, mais dans certains cas, une refonte complète s’impose, alors même que les clients ne disposent pas toujours du budget nécessaire.

Dans ces situations, nous avançons par étapes, en accompagnant les clients dans leur transformation, qu’elle soit technique (architecture, performances) ou éditoriale (mise à jour des contenus, textes, images…).

La sobriété numérique n’est pas un renoncement, c’est une opportunité : celle d’imaginer un numérique plus aligné avec les valeurs de transition, d’utilité sociale, de responsabilité. Elle commence souvent modestement : une image optimisée, une fonctionnalité supprimée, un contenu repensé… mais elle change durablement notre manière de concevoir et d’utiliser les outils web.

Nous sommes nombreux, dans nos métiers respectifs, à vouloir faire notre part. Intégrer la sobriété numérique dans la création de sites Internet et le référencement naturel est une façon concrète et accessible de le faire. Cela demande un peu de vigilance, de méthode et beaucoup de bon sens. Mais seuls, nous n’y parviendrons pas. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire d’intervenir au sein même des organisations, privées ou publiques, et en particulier auprès des utilisateurs et/ou futurs administrateurs, contributeurs des sites Internet ou d’applications métiers, de sorte qu’ils adoptent les meilleures pratiques. En somme, la transformation numérique ne peut plus être pensée indépendamment de la transition écologique. Pour être soutenable, elle doit viser la sobriété des usages, la réduction de l’empreinte des infrastructures et l’accompagnement des utilisateurs.

Et au moment où  je m’apprêtais à publier cet article, je découvrais un post de Jean-Marc Joncovici, toujours très instructif, mais dont le fond qui n’augure rien de positif en termes de sobriété numérique. Il s’agit de puissance des machines et de l’IA… pas tout à fait de conception de sites web ou de SEO, en tout pas directement, mais cela mérite qu’on y réfléchisse. Voici un extrait, fort juste : « Les ordinateurs n’ont pas d’abord servi à économiser des ressources, mais à permettre la gestion d’entités plus grosses et complexes. Internet ne sert pas d’abord à être sobres, mais à améliorer l’efficacité productive. L’IA n’a aucune raison de faire exception à cette règle : où est-il écrit dans le cahier des charges que son but premier est de ne pas nous faire joyeusement sauter le caisson ? ». A méditer…

Voici le lien vers son post : https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_il-y-a-des-jours-o%C3%B9-jadorerais-%C3%AAtre-le-psychanalyste-activity-7347587008254406657-befe?utm_source=share&utm_medium=member_desktop&rcm=ACoAAAIlD2kB8gih9rZHr4u09o4jxibmc0DUlkk